Découverte de Tumatumari

paysage Tumatumari

En amont de Tumatumari, petit campement perdu en pleine jungle, deux villageois et un garçon sont plantés dans les eaux brunes de la rivière Po taro et observent une drôle de réunion d’étrangers. Sur fond de forêt tropicale dense du Guyana, ancienne Guyane britannique, et devant les restes de béton d’un barrage hydroélectrique abandonné, trois jeunes biologistes pataugent dans l’eau tiède. Ils font rouler des pierres et tirent des filets à travers le courant, à la recherche de pois-sons, avec une nette préférence pour les plus rares et les plus laids.

Habitué des rivières de la jungle, Jonathan Armbruster, équipé d’un masque de plongée, glisse son gros ventre au fond de l’eau. Âgé de 29 ans, il adore fouiner dans les fleuves, explorer des mains les morceaux de bois immergés pour surprendre des poissons solitaires. « Espèce de hassar gluant! », s’exclame-t-il en utilisant le nom local du silure casqué à ventouse. Il brandit fièrement une créature brune de 10 cm, dotée d’une voile triangulaire comme nageoire dorsale, un spécimen local que seul un ichtyologiste peut apprécier, vu sou aspect physique peu engageant.
« Vous allez le manger? », demande alors Leon Lewis, jeune villageois de 12 ans, lorsque Armbruster lance le poisson-chat dans un seau en plastique blanc. Question logique, même si la logique ne s’applique pas toujours à cette expédition, menée par un ichtyologiste américain, qui, aussi surprenant que cela puisse paraître, ne sait pas nager.

C’est par amour pour les poissons-chats du fond des rivières que ces scientifiques se sont échinés à sillonner la jungle, par une chaleur étouffante, empalés sur les épines de 8 cm des palmiers épineux et fait piquer par une multitude d’insectes. Ils ont finalement ramené aux États-Unis un panel bigarré de créatures, comprenant des poissons avec des dents si longues qu’elles sortent de leur mâchoire supérieure et avancent sur leur tête.

« Il reste tellement de choses à cataloguer, explique Armbruster, qui exerce comme professeur assistant en ichtyologie à l’université d’Auburu, en Alabama. En Amérique du Nord, on a collecté presque tout ce qui était possible. En revanche, les prélèvements ont été si sporadiques ici qu’aucune zone n’a véritablement été étudiée en profondeur. »

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